BEAUMES DE VENISE : L’harmonica de verre invité d’honneur de Rosa Musica
Le festival itinérant créé par le quatuor Girard, a récemment posé ses valises au Domaine du Rocher des dames et accueilli l’instrumentiste Thomas Bloch.
Thomas Bloch, l’un des rares instrumentistes à jouer de l’harmonica de verre, a enchante, au côté du quatuor Girard, le public du théâtre de verdure. Mais qu’est-ce donc que l’harmonica de verre ?
« Il ne s’agit pas de l’harmonica que nous connaissons, qui a été créé en 1820, mais d’un instrument imaginé et réalisé en 1761 par le célèbre inventeur et scientifique Benjamin Franklin, composé de coupelles de verre alignées représentant chacune une note, explique Thomas Bloch. Ainsi, j’ai 37 coupelles qui représentent trois octaves. Le nom d’harmonica vient de la richesse harmonique développée par les vernes de l’instrument. » Concrètement : « il reproduit ce que tout le monde a fait un jour chez soi avec des verres, en mouillant son doigt et en le faisant tourner sur le bord, un joli son cristallin apparaît. « Il précise : « Sur mon instrument, les coupelles tournent grâce à un moteur électrique. Je pose donc mon doigt mouillé sur une ou plusieurs coupelles pour obtenir un son ou un accord. Elles sont maintenant en quartz car le cristal contient du plomb et, autrefois, les instrumentistes pouvaient se contaminer en jouant. Ils étaient souvent atteints de saturnisme, ce qui a valu la désaffection de l’instrument, accusé de rendre les gens fous. C’est tout récemment, en 1982, que cet instrument reconstruit grâce à un maître verrier étatsunien, a retrouvé le chemin des concerts. »
Une programmation variée
Le temps d’une soirée, le tout nouveau théâtre de verdule circulaire a accueilli une programmation éclectique de musiques
classiques (Mozart, Beethoven), musiques de fiIm (Casanova de Nino Rota), mais également un quartetto étrange de Benjamin Franklin lui-même. Le public, composé notamment de nombreux jeunes enfants, a attendu avec impatience les premières notes. Mais avant de commencer, Thomas Bloch, qui a déjà joué plus de 3 000 concerts dans 40 pays s’est tourné vers une cuvette remplie d’eau, s’est lavé les mains et a aspergé ses coupelles de verre , condition sine qua non pour que ce dernier chante. Il s’est ensuite installé, assis, a tendu les bras vers les verres et y a posé ses doigts. Un son limpide cristallin, aérien et ténu, s’est élevé de cet instrument confidentiel, étrange. D’abord en solo, le public, bouche bée, a dégusté chaque note avec délectation, Ce son venu d’ailleurs a ensuite dialogué à la perfection avec le quatuor Girard dans des œuvres souvent lentes et profondes.
Pour reposer les doigts de Thomas Bloch, le quatuor a superbement joué en solo l’Ode à sainte Cécile de Haendel dans une version de Mozart, puis le célébrissime Adagio d’Albinoni et celui de la Sonate au Clair de Lune de Beethoven.
Lors du final, l’orgue angélique, comme le surnommait Paganini, a joué un rondo gai et enjoué de Carl Maria von Weber, un univers de douceur et de paix. En bis, le quintette a offert un rondo de Johann Reichardt. Finalement, toutes les lumières se sont éteintes et le concert s’est terminé dans l’intimité et la sérénité.
Francis PABST
Crédit photo : Thomas Bouletin